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Open Web: Les Allemands se bougent enfin

21 avril 2010 par Nicolas Kayser-Bril
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2 évènements qui se sont tenus à Berlin la semaine dernière ont donné un coup de volant à la direction que prend le web en Allemagne, en militant de manière efficace pour un internet de qualité. Le premier, re:publica 2010, est la quatrième conférence organisée par 2 organes issus du web militant, newthinking communications créé par Markus Beckedahl et Spreeblick Verlag, une maison d’édition.

Elle a été suivie par une ‘subconférence’, Hackdays for Democracy, un barcamp consacré à l’ouverture des données (auquel votre correspondant à Berlin n’a pas pu se rendre pour des raisons fumeuses).

Re:publica 2010

by re:publica10

La neutralité du net au Parlement

Les 3 jours de la conférence re:publica ont été dominé par des débats sur la neutralité du net (voir l’article de Julius Endert). Le raisonnement des 1.200 personnes présentes était simple : Sans la neutralité du net, les initiatives sur le web risquent à tout moment de se voir claquer la porte au nez par le videur du web, pour paraphraser le TAZ.

Marvin Ammori a utilisé le cas Comcast, où le fournisseur américain limitait le trafic peer-to-peer, pour illustrer la possibilité d’un web devenu canal de distribution et non plus canal de communication. Prenant l’exemple de la neutralité du net comme pierre angulaire de ce qui définissait le web, il a ensuite comparé le combat pour la neutralité du net à celui des droits civiques américains dans les années 60 (lire chez Digital Government).

La peur des intervenants du panel sur la neutralité du net était que les pages les moins populaires se chargent terriblement lentement, quand les éditeurs les plus aisés peuvent se permettre d’acheter de la bande passante de premier choix (lire sur welt.de). Constanze Kurz, Falk Lüke, Cara Schwarz-Schilling et Thorsten Schilling étaient d’accord pour dire que les consommateurs ont besoin de plus d’information quand ils souscrivent un abonnement internet. Selon eux, il serait sage d’interdire à Vodafone de faire de la pub pour un forfait ‘internet’ si l’utilisateur ne peut utiliser Skype sur son portable.

Julius Endert propose ainsi de créer un deutsche-telekom-watch.de et un vodafone-watch.de sur le modèle de comcastwatch.com, afin d’enregistrer le moindre écart des principaux opérateurs allemands. (Notons tout de même que malgré ces bonnes paroles, les noms de domaine en question n’ont pas encore été enregistrés.)

On pourra regretter que le point de vue des opérateurs téléphoniques n’ait pas eu voix au chapitre. Pour Vodafone, numéro 2 en Allemagne, un internet réellement neutre désigne un espace où chacun est libre d’innover, y compris sur le prix de la bande passante. La tagline pour faire passer la pilule existe déjà: From net neutrality to net sustainability.

Au-delà des aspects financiers, il aurait également pu être souligné que la neutralité du net, en refusant toute discrimination liée aux contenus, empêche les fournisseurs d’accès de bloquer les virus dès leur détection, ce qui aggrave leur propagation.

Malgré cela, les débats sur la neutralité du net ont été repris dans la plupart des journaux nationaux, le Tageszeitung lui consacrant même sa Une et un dossier (merci à Gilles Klein pour le pointer). Le sujet a pris une ampleur telle que le Bundestag, la chambre des députés allemande, devrait bientôt le mettre à l’ordre du jour, à en croire le Süddeutsche Zeitung.

Si vous cherchez ‘neutralité internet’ sur le site de l’Assemblée Nationale, vous obtiendrez 8 résultats, mais pas 1 seul d’entre eux ne concerne la neutralité du web. Les députés parisiens ont-ils un train de retard sur leurs collègues allemands ? Bien que la moyenne d’âge à Paris soit de 57 ans contre 49 au Bundestag, 8 ans de différence n’expliquent pas tout.

re:publica10

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Un fond pour le journalisme innovant

Non content d’avoir fait avancer le débat sur la neutralité du net, les geeks teutons ont cherché des moyens d’améliorer la qualité des contenus sur le web. En commençant par aider –efficacement – le journalisme.

Pour Robin Meyer-Lucht, journaliste et rédacteur en chef de Carta.info, rien ne sert d’aider une presse moribonde à traîner ses guenilles sur la toile (voir l’article). Les aides devraient plutôt être dirigées vers des services journalistiques innovants, que ce soient des blogs ou des start-ups.

Pour ce faire, il propose de créer un fonds pour le journalisme innovant. Mais là encore, les mots n’ont pas trouvé de suite. Le débat sur cet Innovationsfonds ne s’est pas propagé dans d’autres conversations. Même dans les commentaires de l’article, les internautes ne semblent pas emballés par l’idée, préférant pérorer sur le journalisme et internet.

data.gov.de enfin disponible!

Seule action véritable démarrée la semaine dernière: le data.gov.de a ouvert. Sauf qu’il n’a rien d’un .gov (ou d’un .bund.de), puisqu’il a été créé par l’Open Data Network, une ONG, et qu’il s’appelle Offenedaten.de (donnée ouverte en VF).

Le principe est le même que data.gov.uk ou opengov.se. C’est un catalogue de datasets publics glanés ça et là sur le web, avec la possibilité pour les internautes d’en réclamer d’autres. Pour l’instant, le site recense 54 liens (contre 3241 pour data.gov.uk).

Il a été présenté lors des Hackdays ce week-end, rassemblement de geeks se lançant le défi de créer des applications basées sur les données ouvertes en 2 jours afin de montrer le potentiel du concept. Le bilan, qualifié d’euphorique (à cause de l’état de fatigue des participants), met en avant 9 projets engendrés par ce week-end de code. Certains n’y vont pas avec le dos de la cuillère. Deutschland API, par exemple, veut donner accès au plus grand nombre possible de datasets fédéraux via une interface REST. Pour l’instant, seuls 8 méthodes existent, mais d’autres arrivent.

Les Allemands, qui souffrent d’un cruel manque d’innovation dès qu’on touche au journalisme, semblent être en train de se réveiller. Ca promet de belles opportunités de collaboration pour les entrepreneurs français.

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Data et députés: Le modèle allemand

22 mars 2010 par Nicolas Kayser-Bril
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En 2004, un étudiant et un développeur se sont dit que ce serait bien si les candidats à l’assemblée régionale de Hambourg pouvaient répondre publiquement aux questions des électeurs sur leur programme.

Avec une conférence de presse et des bouts de ficelle, ils ont mis sur pied un site où les citoyens viennent interroger personnellement les candidats. 6 ans plus tard, le site est devenu abgeordnetenwatch.dedéputéwatch en français.

abgeordnetenwatchDésormais actif en permanence au niveau national (les internautes peuvent poser des questions tout au long de la législature) et dans 3 Länder, le site couvre toutes les élections régionales (les internautes posent leur questions aux candidats durant les mois qui mènent au vote). En tout, il a collecté plus de 150 000 questions. Plus impressionnant : les internautes ont obtenus plus de 100 000 réponses.

J’ai été interviewer Gregor Hackmack, fondateur du site, dans son bureau de Hambourg, qui m’a expliqué les clés du succès.

1. Faire venir les politiques

La classe politique n’est pas réputée pour son amour d’internet. Pourtant, l’équipe d’Abgeordnetenwatch a réussi le tour de force de les faire venir sur la plateforme – et d’y rester.

Pour cela, il leur a d’abord fallu s’assurer une audience. C’était chose faite avec un partenariat avec Spiegel Online, le principal site d’information allemand. D’autres ont suivi depuis, notamment avec le Süddeutsche Zeitung et avec le portail T-online, filiale de l’opérateur téléphonique T-mobile.

Légitimés par ces alliances avec les médias traditionnels, Abgeordnetenwatch a pu aller prospecter les politiciens. Au départ, quelques figures de la scène politique locale les ont soutenus. La plateforme permet surtout aux centaines de politiques snobés par la télé et les médias traditionnels de venir rencontrer leurs électeurs.

Au départ, l’équipe d’Abgeordnetenwatch devait appeler chaque candidat pour les convaincre d’utiliser la plateforme. Aujourd’hui, les politiques enjoignent carrément les électeurs à poser leurs questions sur le site, afin de pouvoir montrer au grand jour l’intérêt qu’ils suscitent. « Le public s’attend à ce que les députés répondent », explique Gregor.

Le meilleur indicateur du succès d’Abgeordnetenwatch.de reste la peur que le site provoque chez les politiciens les plus influents.

En 2007, un article du tabloïd Bild (12 millions de lecteurs par jour) reprend le classement des députés par jours de présence réalisé par le site et proclame Carl Eduard von Bismark “député le plus flemmard d’Allemagne”. 6 mois plus tard, il a été contraint de démissionner et de donner son indemnité de parlementaire à des organisations caritatives.

Une telle influence ne va pas sans problème pour Abgeordnetenwatch, qui se fait désormais blacklister lorsqu’il demande des subventions auprès d’organisme en lien avec des politiques. Gregor soupçonne par exemple la fondation Zeit, qui comporte plusieurs hommes et femmes politiques dans son board, d’avoir refusé de financer Abgeordnetenwatch. « Trop politique » auraient-ils dit.

2. Faire venir les électeurs

Si ce succès auprès des politiciens peut convaincre les électeurs d’utiliser la plateforme (ils y auront plus de chance d’obtenir une réponse qu’en envoyant un e-mail), Abgeordnetenwatch possède une autre valeur ajoutée.

  • Médiation entre politique et citoyen. Abgeordnetenwatch relit toutes les questions avant de les publier et fait un travail de mise en page, voire de curation.
  • Statistiques sur les députés. Le site agrège les données disponibles lors des votes publics aux parlements national et régionaux et propose l’historique de vote de chaque député ainsi qu’un classement par présence, à la votewatch.eu.
  • Rémunération des députés. Grâce à des données publiées par le Parlement, Abgeordnetenwatch peut estimer le montant des à-côtés des parlementaires.

Plus généralement, le site permet aux électeurs de connaitre leurs candidats. Le système électoral allemand est un « scrutin majoritaire uninominal et proportionnelle par compensation ». En gros, on vote une fois pour une liste nationale et une fois pour un candidat local. Problème : Personne ne connait le candidat local, la vie politique allemande étant moins organisée par fiefs qu’en France. Abgeordnetenwatch permet ainsi aux électeurs de se rapprocher de ceux qui les représentent.

Si les Français avaient la possibilité de l’interroger directement, peut-être qu’ils seraient plus de 29% à connaître le nom de leur président de région.

En 2004, les fondateurs du site voulaient rapprocher les Allemands de la démocratie. En 2010, ils estiment avoir réussi leur pari puisque plus de la moitié des utilisateurs du site n’a jamais eu de contact avec la politique.

Même en ex-RDA, où les internautes sont notoirement incompétents, le site connait un certain succès. En 2009, « super année électorale », l’Allemagne a vu 2 élections régionales à l’Ouest, 4 à l’Est, une élection européenne et une élection fédérale. A chaque fois, Abgeordnetenwatch a permis aux électeurs de poser des questions aux candidats. Résultat : les internautes de l’Est ne sont pas moins intéressés que ceux de l’Ouest, notamment en Thuringe (Leipzig).

3. Tenir la route

Toutes les bonnes intentions de l’équipe de Hambourg (3 temps pleins, quelques temps-partiels et des stagiaires) ne seraient rien si le modèle économique et technique n’était pas pérenne.

Techniquement, Abgeordnetenwatch respecte, comme Owni.fr, le ratio de 1 développeur pour chaque non-développeur. Résultat : le site est fluide et réactif.

Financièrement, le site est tout juste devenu cash-flow positive, ses revenus couvrant toutes les dépenses courantes. Le prêt initial, fourni par la fondation Bonventure (Munich) est cependant loin d’être repayé.

La diversité des sources de revenus montre le sens de l’adaptabilité d’Abgeordnetenwatch :

  • Publicité: 10%. «Ca ne paye pas,» commente Gregor. Malgré des inserts voyants gérés par Glam Media, le site ne fait pas de course à l’audience et ne pourra pas s’appuyer sur les recettes publicitaires.
  • Freemium pour les députés: 10%-50% (en fonction du nombre d’élection dans l’année). Le site propose aux députés d’afficher leur photo sur leur page. Ce service est facturé entre 175€ et 200€. 15% des candidats et des députés soutiennent le site de cette manière.
  • Dons. Si le côté politique du site les empêche d’obtenir autant de subventions publiques qu’ils le souhaiteraient, l’équipe d’Abgeordnetenwatch fait appel à la générosité des utilisateurs.
  • Vente de widgets. Le Spiegel vient d’acheter un Bundestagsradar, une application Flash qui permet de visualiser et de classer les députés. La chaîne régionale WDR en a commandé un autre pour le parlement régional de Rhénanie-Du-Nord-Westphalie.

bundestagsradar

Et le datajournalisme ?

Pour Gregor, Abgeordnetenwatch ne fait pas du journalisme. Sa valeur ajoutée n’est pas dans le traitement de l’information puisqu’il ne hiérarchise pas les réponses aux questions et qu’il ne génère pas d’informations nouvelles.

Pourtant, le site propose bien une nouvelle manière d’aborder la politique. Les médias ne s’y trompent d’ailleurs pas, puisqu’ils renvoient leurs lecteurs vers le site.

Au pays des digitale Analphabeten, espérons que le succès de ces innovateurs donnera à d’autres l’envie de prendre des risques sur le marché l’information en ligne.

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Wir sind ein Volk. Ah ouais?

4 février 2010 par Nicolas Kayser-Bril
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« Wir sind ein Volk ». Nous sommes un seul peuple. Ce slogan a marqué les manifestations de 1989 qui ont précédées la réunification. C’est la déformation nationaliste du slogan « Wir sind das Volk » (nous sommes le peuple), lui-même un jeu de mot des manifestants qui répondaient à la Volkspolizei de l’Est.

Seulement voilà, 20 ans plus tard, de part et d’autre de l’ancien rideau de fer, on a du mal à s’homogénéiser.

On peut argumenter sur les différences entre Ossis et Wessis, faire des sondages, regarder des statistiques… Ou on peut demander à celui qui enregistre toutes nos envies : Google.

Le géant californien (+90% de part de marché en Allemagne) enregistre toutes les requêtes des internautes. On peut ainsi comparer l’intérêt de telle ou telle région pour un sujet donné.

J’ai revisité 4 stéréotypes concernant les Allemands de l’Est. Force est de constater qu’ils sont loin d’être faux.

Le but de ce petit exercice n’est pas de dénigrer l’Allemagne de l’Est. Au contraire, il s’agit d’attirer l’attention sur des problèmes poussés sous le tapis. Les commémorations des 20 ans de la chute du Mur ont été un festival d’autruches, toutes pressées d’enfouir la tête dans le sable en voyant arriver un sujet qui fâche.

1.       Les Est-allemands sont des handicapés de la technologie

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Comme on le sait tous en ayant observé nos parents s’initier à internet en 2002, le newbie tape toute l’adresse d’un site dans la barre de recherche Google. Ca permet de déterminer les régions les plus en retard technologiquement, c’est très pratique.

On s’en doute, c’est l’Est qui gagne à ce petit jeu. Un test sur une dizaine d’adresses de sites connus, fréquentés autant des 2 côtés de l’ancienne frontière, montre que l’internaute de l’Est a 30% de chances de plus d’être ‘computer illiterate’ que son concitoyen de l’Ouest.

L’Est a également du mal à intégrer l’arrivée des nouveautés. Wikipédia, qui a à peine 6 ans, est plus utilisé à l’Ouest, par exemple. Twitter et Facebook, 2 phénomènes très récents outre-Rhin, sont largement plus utilisés à l’Ouest. (Pour le coup, les 70 000 soldats US et leurs familles peuvent y être pour quelque chose, mais ils doivent utiliser des adresses IP américaines).

2. Les Est-allemands n’en foutent pas une

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Les recherches sur les termes Arbeitsamt (ANPE) et Hartz IV (le programme de subventions pour chômeurs) sont sensiblement plus élevées à l’Est. Même dans les régions de l’Ouest aux taux de chômage comparables, comme Brême, les chiffres  ne sont pas aussi élevés.

Ils cherchent aussi du boulot, faut pas croire. Mais les recherches concernant les petites annonces (jobbörse) sont beaucoup moins importantes, en proportion, que celles concernant les subventions ;-)

3.       Les Est-allemands ont du mal avec la démocratie

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A chaque élection, c’est la même chose : Les Allemands de l’Est votent mal. Pas aussi mal que les Français (les néonazis sont à 9% dans le pire des cas contre 18% chez nous), mais on a des raisons de les soupçonner de pas tous être fans des droits de l’homme. Quand ils se retrouvent seuls face à leur écran, ils recherchent des choses bien étranges.

Un bouquin d’histoire introuvable en librairie ? Ils le trouvent sur internet. Les recherches pour Mein Kampf sont 20% supérieures à l’Est qu’à l’Ouest. Nos fachos nationaux (les Lorrains, pour ne pas les nommer), font pâle figure à côté : ils sont 2 fois moins nombreux que les internautes de Saxe (Leipzig) à rechercher le livre d’Hitler.

Quand il s’agit de dictateurs, les Est-allemands ne sont pas à une contradiction près. En plus d’être des fans du réseau néonazi Blood and Honor, pourtant d’origine anglaise, ils adulent Staline, absent de la RDA depuis 1956.

4.       Les Est-allemands sont coincés

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Quand l’Ouest partouzait pour fêter la révolution sexuelle, les jeunes communistes se rebellaient en s’embrassant dans la rue.

Pas aidés par leurs gouvernements, les internautes de l’Est sont toujours aujourd’hui moins portés sur le cul que ceux de l’Ouest. Les recherches sur les mots sex et porn sont sensiblement plus faible à l’Est. Je parle même pas du porno2.0. Youporn est 2 fois plus visité à Francfort qu’à Leipzig.

Même lorsqu’il s’agit de naturisme (FKK en allemand), où la réputation des Est-allemands n’est plus à faire, ils restent incroyablement timides.

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Et la méthodologie dans tout ça ?

Tous les chiffres cités ici sont en proportion des recherches totales dans une région donnée, pas dans toute l’Allemagne. En d’autres termes, les résultats sont normalisés et les différences de population n’entrent pas en ligne de compte.

Les marges d’erreur sont trop importantes pour que les résultats soient extrêmement significatifs, mais ça reste plus sûr qu’un sondage :o) Les données brutes sont là.

Berlin n’est pas inclus puisque la ville était à la fois à l’est et à l’ouest. Et de toute façon, il n’y a que des étrangers.

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4 recettes miracles qui ne sauveront pas la presse française

2 février 2010 par Nicolas Kayser-Bril
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Les États généraux de la presse écrite ont permis à chacun de proposer ses solutions pour faire face aux difficultés de l’industrie. Parmi toutes les recettes miracles proposées, j’en passe 4 au crible, à la lumière de l’expérience des médias allemands.

Recette miracle n°1: L’augmentation des points de vente ralenti la chute du lectorat

Tous les Français savent qu’il est plus difficile de trouver un kiosque à journaux qu’un dealer de shit. Normal, la France compte 2 à 3 fois plus de dealers que de points de vente de presse. C’est pourquoi l’Inspection générale des affaires culturelles propose, dans un rapport, d’augmenter le nombre de points presse pour remettre la France à la lecture. Les NMPP/presstalis ont même promis d’investir €40m dans le développement de son réseau de distribution.

En Allemagne, la loi Bichet n’existe pas et le réseau de distribution ne mène pas un commerce de vente d’armes en parallèle de son activité principale. Le portage y est répandu, ainsi que les crieurs de journaux (ils ne crient plus mais on les trouve dans toutes les stations de métro). Malgré cette plus grande accessibilité, la diffusion des journaux régresse régulièrement. Le tirage diminue d’environ 2% par an depuis 2000. Si certains titres au dessus du panier s’en sortent (parfois par des tours de passe-passe dans la comptabilité de la diffusion), la presse populaire coule rapidement, comme le montre le plongeon de Bild, 1er quotidien du pays.

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Recette miracle n°2: Le Conseil de l’ordre des journalistes rétablira la confiance dans la presse

Les codes de déontologie autoproduits, les bonnes paroles et les déclarations d’intention, c’est bien, mais pas suffisant. Depuis des années, des voix se font entendre pour la création d’un Conseil de presse équivalent aux Conseils de l’ordre des avocats ou des médecins, comme le soulignait déjà en 2006 le sociologue Xavier Molénat. L’idée a été reprise - dans une version light – dans le livre vert issu des États généraux de la presse écrite, l’année dernière.

En Allemagne, ça existe! Le Presserat (Conseil de la presse) est chargé de faire respecter le Pressecodex, ou code de déontologie. En 2008, ce conseil des sages a émis 15 blâmes, que les journaux concernés ont été obligés de publier. 15 blâmes pour quelques millions d’articles: Les journalistes allemands sont vraiment très forts. Si le Presserat ne souffre pas d’hyperactivité, c’est qu’il réfléchit aux moyens de créer un Onlinecodex de la déontologie sur le web. Le débat s’articule autour de questions super intéressantes, comme ‘Internet est-il l’équivalent de la télé, puisqu’il se diffuse vers plusieurs personnes à la fois?’

Sans surprise, le Presserat n’a que peu d’influence sur la manière dont les Allemands considèrent leurs journalistes. Le niveau de confiance dans la presse est sensiblement identique en France et en Allemagne, selon les Eurobaromètres de la Commission Européenne.

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Pas étonnant, dans le fond. L’autorégulation permet surtout à une corporation de conserver ses privilèges en éloignant les profanes. Si l’Ordre des médecins permet surtout de “défendre et protéger une profession dont les intérêts sont d’abord matériels” (dixit un praticien hospitalier), on imagine ce que pourrait devenir un Ordre des journalistes.

Recette miracle n°3: Les groupes médias sont plus efficaces que les industriels

En France, les grands patrons de presse sont souvent des barons intéressés par le potentiel d’un titre en termes de relations publiques. En Allemagne, les propriétaires des médias ressemblent plutôt à Murdoch qu’à Bernard Arnault (patron de LVMH et mécène des Echos). On voit sur le graph ci-dessous que les Français font pale figure face à leurs concurrents allemands.

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On pourrait penser qu’étant motivés par le profit, ces derniers auraient tendance à plus investir dans la R&D que leurs homologues français. Il faut bien semer si l’on veut récolter demain, après tout.

Cette structure plutôt saine n’est pourtant pas une garantie d’innovation. Les patrons de presse allemands ont par exemple déclaré, pas plus tard que le 20 janvier 2010, que “le futur de la presse est sur le papier“. (Entre autres perles, j’adore celle-là: “Si Lidl et Aldi [2 chaînes de hard-discount] ont du succès, c’est qu’ils achètent de la pub dans les journaux”).

Comme me le disait Markus Beckdahl, blogger et activiste sur netzpolitik.org, les grands groupes ont beaucoup investi sur le web mais, déçus de ne pas avoir trouvé de modèles viables, ils cherchent désormais la rentabilité immédiate. Springer veut ainsi ériger des paywalls sur ses sites tout en continuant à développer son réseau de sites de petites annonces qui lui ont rapporté €310m au 3e trimestre 2009 avec une rentabilité de 7%. L’innovation est sacrifiée sur l’autel des profits.

Recette miracle n°4: Tuons les gratuits pour nourrir la presse traditionnelle

Pour Sarko, la gratuité c’est “la mort de la presse écrite”. Face à une analyse aussi poussée, on se dit qu’un pays sans journaux gratuits doit avoir une presse d’un dynamisme rare.

Il y a 10 ans, la “Guerre des gratuits de Cologne” a montré la détermination des éditeurs allemands à ne pas se laisser tailler des croupières par les fabriquant de gratuits étrangers. Pendant 18 mois, Schibsted (norvégien, éditeur de 20 Minutes) a affronté Springer (#1 en Allemagne) et DuMont Schauberg (le gros acteur local). La solidarité des Allemands a été exemplaire, puisque même le bureau de vérification de la diffusion a choisi son camp, en refusant d’auditer la circulation des gratuits.

10 ans plus tard, le tirage total de la presse quotidienne est passé de 30 à 25 millions d’exemplaires… Sarko a déjà été plus perspicace.

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