2 évènements qui se sont tenus à Berlin la semaine dernière ont donné un coup de volant à la direction que prend le web en Allemagne, en militant de manière efficace pour un internet de qualité. Le premier, re:publica 2010, est la quatrième conférence organisée par 2 organes issus du web militant, newthinking communications créé par Markus Beckedahl et Spreeblick Verlag, une maison d’édition.
Elle a été suivie par une ‘subconférence’, Hackdays for Democracy, un barcamp consacré à l’ouverture des données (auquel votre correspondant à Berlin n’a pas pu se rendre pour des raisons fumeuses).

by re:publica10
La neutralité du net au Parlement
Les 3 jours de la conférence re:publica ont été dominé par des débats sur la neutralité du net (voir l’article de Julius Endert). Le raisonnement des 1.200 personnes présentes était simple : Sans la neutralité du net, les initiatives sur le web risquent à tout moment de se voir claquer la porte au nez par le videur du web, pour paraphraser le TAZ.
Marvin Ammori a utilisé le cas Comcast, où le fournisseur américain limitait le trafic peer-to-peer, pour illustrer la possibilité d’un web devenu canal de distribution et non plus canal de communication. Prenant l’exemple de la neutralité du net comme pierre angulaire de ce qui définissait le web, il a ensuite comparé le combat pour la neutralité du net à celui des droits civiques américains dans les années 60 (lire chez Digital Government).
La peur des intervenants du panel sur la neutralité du net était que les pages les moins populaires se chargent terriblement lentement, quand les éditeurs les plus aisés peuvent se permettre d’acheter de la bande passante de premier choix (lire sur welt.de). Constanze Kurz, Falk Lüke, Cara Schwarz-Schilling et Thorsten Schilling étaient d’accord pour dire que les consommateurs ont besoin de plus d’information quand ils souscrivent un abonnement internet. Selon eux, il serait sage d’interdire à Vodafone de faire de la pub pour un forfait ‘internet’ si l’utilisateur ne peut utiliser Skype sur son portable.
Julius Endert propose ainsi de créer un deutsche-telekom-watch.de et un vodafone-watch.de sur le modèle de comcastwatch.com, afin d’enregistrer le moindre écart des principaux opérateurs allemands. (Notons tout de même que malgré ces bonnes paroles, les noms de domaine en question n’ont pas encore été enregistrés.)
On pourra regretter que le point de vue des opérateurs téléphoniques n’ait pas eu voix au chapitre. Pour Vodafone, numéro 2 en Allemagne, un internet réellement neutre désigne un espace où chacun est libre d’innover, y compris sur le prix de la bande passante. La tagline pour faire passer la pilule existe déjà: From net neutrality to net sustainability.
Au-delà des aspects financiers, il aurait également pu être souligné que la neutralité du net, en refusant toute discrimination liée aux contenus, empêche les fournisseurs d’accès de bloquer les virus dès leur détection, ce qui aggrave leur propagation.
Malgré cela, les débats sur la neutralité du net ont été repris dans la plupart des journaux nationaux, le Tageszeitung lui consacrant même sa Une et un dossier (merci à Gilles Klein pour le pointer). Le sujet a pris une ampleur telle que le Bundestag, la chambre des députés allemande, devrait bientôt le mettre à l’ordre du jour, à en croire le Süddeutsche Zeitung.
Si vous cherchez ‘neutralité internet’ sur le site de l’Assemblée Nationale, vous obtiendrez 8 résultats, mais pas 1 seul d’entre eux ne concerne la neutralité du web. Les députés parisiens ont-ils un train de retard sur leurs collègues allemands ? Bien que la moyenne d’âge à Paris soit de 57 ans contre 49 au Bundestag, 8 ans de différence n’expliquent pas tout.

by re:publica10
Un fond pour le journalisme innovant
Non content d’avoir fait avancer le débat sur la neutralité du net, les geeks teutons ont cherché des moyens d’améliorer la qualité des contenus sur le web. En commençant par aider –efficacement – le journalisme.
Pour Robin Meyer-Lucht, journaliste et rédacteur en chef de Carta.info, rien ne sert d’aider une presse moribonde à traîner ses guenilles sur la toile (voir l’article). Les aides devraient plutôt être dirigées vers des services journalistiques innovants, que ce soient des blogs ou des start-ups.
Pour ce faire, il propose de créer un fonds pour le journalisme innovant. Mais là encore, les mots n’ont pas trouvé de suite. Le débat sur cet Innovationsfonds ne s’est pas propagé dans d’autres conversations. Même dans les commentaires de l’article, les internautes ne semblent pas emballés par l’idée, préférant pérorer sur le journalisme et internet.
data.gov.de enfin disponible!
Seule action véritable démarrée la semaine dernière: le data.gov.de a ouvert. Sauf qu’il n’a rien d’un .gov (ou d’un .bund.de), puisqu’il a été créé par l’Open Data Network, une ONG, et qu’il s’appelle Offenedaten.de (donnée ouverte en VF).
Le principe est le même que data.gov.uk ou opengov.se. C’est un catalogue de datasets publics glanés ça et là sur le web, avec la possibilité pour les internautes d’en réclamer d’autres. Pour l’instant, le site recense 54 liens (contre 3241 pour data.gov.uk).
Il a été présenté lors des Hackdays ce week-end, rassemblement de geeks se lançant le défi de créer des applications basées sur les données ouvertes en 2 jours afin de montrer le potentiel du concept. Le bilan, qualifié d’euphorique (à cause de l’état de fatigue des participants), met en avant 9 projets engendrés par ce week-end de code. Certains n’y vont pas avec le dos de la cuillère. Deutschland API, par exemple, veut donner accès au plus grand nombre possible de datasets fédéraux via une interface REST. Pour l’instant, seuls 8 méthodes existent, mais d’autres arrivent.
Les Allemands, qui souffrent d’un cruel manque d’innovation dès qu’on touche au journalisme, semblent être en train de se réveiller. Ca promet de belles opportunités de collaboration pour les entrepreneurs français.
Tags: allemagne · berlin · fonds · Hackdays for Democracy · innovation · neutralité du net · opendata · re:publicaAucun commentaire.
Désormais actif en permanence au niveau national (les internautes peuvent poser des questions tout au long de la législature) et dans 3 Länder, le site couvre toutes les élections régionales (les internautes posent leur questions aux candidats durant les mois qui mènent au vote). En tout, il a collecté plus de 150 000 questions. Plus impressionnant : les internautes ont obtenus plus de 100 000 réponses.






